Brunnya et Murdock : quand la vérité sur Zephiel détruit une illusion | Analyse du soutien dans Fire Emblem 6 DX
Brunnya et Murdock : quand la vérité sur Zephiel détruit une illusion
Dans Fire Emblem : The Binding Blade, la relation entre Brunnya et le roi Zephiel demeure volontairement ambiguë.
En effet, le jeu laisse comprendre que Brunnya éprouve quelque chose de particulier pour son souverain, sans jamais transformer cette affection en véritable relation amoureuse. Cette discrétion est d'autant plus intéressante que des informations attribuées à une version prototype du jeu indiquent une direction beaucoup plus explicite : Brunnya et Zephiel auraient initialement été amants !
Les éléments attribués au prototype suggèrent donc une relation amoureuse beaucoup plus explicite que celle finalement retenue dans le jeu commercialisé. Dans The Binding Blade, les sentiments de Brunnya restent suffisamment ambigus pour laisser place à plusieurs interprétations. Pour FE6 DX, j'ai choisi de couper la poire en deux : son attachement à Zephiel demeure ambigu dans la présentation générale du personnage, mais, selon vos choix, Brunnya peut être amenée à en dire davantage. Pour simplifier au maximum, dans mon lore étendu, Brunnya est secrètement amoureuse de son roi, mais ce sentiment n'est pas réciproque. Cette différence permet de conserver la discrétion du jeu final tout en donnant un sens plus tragique aux sentiments de Brunnya.
Cette lecture n'est d'ailleurs pas uniquement fondée sur les éléments du jeu original. Elle a d'ailleurs trouvé un écho durable dans le fandom bien avant la sortie de Fire Emblem Heroes. Le matériel officiel japonais emploie un vocabulaire nettement plus chargé émotionnellement. La fiche japonaise officielle de Brunnya la présente comme ayant juré une 忠誠 absolue à Zephiel, tout en soulignant la confiance que son roi lui accorde.
Mais c'est surtout l'une de ses répliques dans FEH qui mérite notre attention :
「私は、陛下のおそばにいたかっただけ。最期の時まで、その想いと共に…これは未練、かしら。」
« Je voulais seulement être aux côtés de Sa Majesté. Jusqu'à mon dernier moment, avec ces sentiments... Est-ce que ce sont des regrets ? »
Le choix du mot 想い (omoi) est particulièrement intéressant. Il ne désigne pas simplement une obligation ou une loyauté militaire : il renvoie aux sentiments, aux émotions ou à l'attachement que l'on porte intérieurement à quelqu'un. La nuance est donc sensiblement plus personnelle que celle de la simple 忠誠 (« loyauté », « fidélité ») utilisée pour décrire son rapport à Zephiel. La version anglaise officielle rend d'ailleurs la fin par « those feelings linger», conservant explicitement l'idée de sentiments qui persistent.
Il ne s'agit évidemment pas d'une confirmation canonique que Zephiel partage ses sentiments. Au contraire, le texte de FEH fonctionne très bien avec l'interprétation d'un attachement unilatéral : Brunnya continue de porter en elle ses sentiments pour un roi disparu, tout en se demandant elle-même si ce qu'elle ressent désormais relève de l'amour, du regret ou de l'impossibilité de tourner la page.
Cette lecture a d'ailleurs trouvé un écho durable au sein de la communauté de fans, bien avant la sortie de Fire Emblem Heroes, où la relation entre Brunnya et Zephiel est généralement désignée sous le nom de Brunphiel. Ce nom ne constitue évidemment pas une preuve de réciprocité, mais il témoigne de l'existence, depuis longtemps, d'une lecture romantique de leur relation chez les fans. FEH n'est donc pas à l'origine de cette interprétation ; son intérêt est plutôt d'avoir apporté de nouveaux éléments permettant de la relire sous un angle plus personnel.
🎨 À voir également : un superbe fan art japonais consacré à Brunnya et Zephiel. Voir l'illustration originale sur Twicomi.
On retrouve ainsi trois niveaux de lecture qui se complètent : le prototype, qui aurait présenté Brunnya et Zephiel comme amants ; le jeu final, qui laisse son attachement volontairement ambigu ; et FEH, qui emploie pour elle un vocabulaire suffisamment émotionnel pour rendre crédible une interprétation amoureuse sans jamais confirmer que Zephiel éprouvait les mêmes sentiments.
Pour mon lore étendu, c'est précisément cette zone d'ambiguïté qui m'intéresse : Brunnya aime Zephiel, mais Zephiel ne l'aime pas de la même manière. Elle lui reste pourtant fidèle jusqu'au bout, ce qui rend son attachement d'autant plus tragique.
Dans FE6 DX, le soutien inédit entre Brunnya et Murdock intervient précisément après la mort de Zephiel, alors que les deux anciens Généraux Wyverns ont eu la possibilité de rejoindre l'armée de Roy.
À ce stade très avancé de l'histoire, la guerre touche à sa fin : il ne reste plus que quelques affrontements avant la confrontation avec Jahn, puis avec Idunn. C'est donc le moment idéal pour revenir sur le passé de Brunnya et sur ce qu'elle croyait réellement représenter aux yeux de Zephiel.
Un recrutement qui ouvre la voie aux révélations
Le point de départ du soutien est directement lié au recrutement de Brunnya par Murdock que j'avais déjà présenté... en mars 2025 soit il y a un an et demi. Comme le temps passez vite... Vous pouvez le revisionner en intégralité dans la vidéo ci-dessous.
Après la mort de Zephiel, Murdock lui explique à Brunnya que sa loyauté envers le roi n'a plus lieu d'être et qu'il doit désormais servir Guinivere, qui est la personne qui va lui succéder sur le trône. Brunnya finit par accepter de le suivre, car elle refuse de mourir en laissant s'échapper une opportunité de comprendre ce qui s'est réellement passé.
Elle demande notamment à Murdock de lui expliquer pourquoi Zephiel l'avait personnellement choisie comme Général Wyvern et pourquoi il semblait lui accorder une attention particulière. Murdock lui promet alors de lui révéler toute la vérité. Cette promesse constitue le véritable fil conducteur de leurs trois conversations de soutiens inédits.
Le contexte est important : Brunnya ne cherche pas simplement des informations historiques sur son ancien roi. Elle cherche à comprendre l'homme auquel elle a consacré sa vie. Pour elle, les conversations, les regards et la confiance que Zephiel lui accordait avaient nécessairement une signification personnelle. Murdock sait que cette interprétation est erronée, mais il ne peut pas simplement la balayer d'un revers de main.
Il doit d'abord lui permettre de confronter ses propres souvenirs à ceux d'un homme qui connaissait Zephiel depuis bien plus longtemps qu'elle.
Le Zephiel que Brunnya a connu
Le soutien C commence logiquement par les souvenirs de Brunnya. Elle demande à Murdock si Zephiel était déjà ainsi lorsqu'il n'était encore qu'un enfant : calme, mesuré, observateur et toujours attentif à ce qui l'entourait.
Elle se souvient surtout de sa curiosité. Zephiel lui posait des questions sur la magie, la naissance des pays, les dragons et de nombreux autres sujets. Brunnya garde également en mémoire leurs longues conversations, durant lesquelles il pouvait l'écouter pendant des heures. Pour elle, ces moments avaient forcément quelque chose d'exceptionnel : rares sont les souverains capables de consacrer autant de temps à l'un de leurs subordonnés.
Murdock confirme pourtant chacun de ses souvenirs. C'est un choix important : il ne cherche pas à réécrire le passé pour rendre Zephiel plus monstrueux qu'il ne l'était. Le jeune Zephiel était réellement curieux. Il voulait réellement comprendre ce qu'il ignorait et il accordait réellement de la valeur aux connaissances de Brunnya.
La différence se trouve ailleurs. Murdock sait qu'un enfant devient un homme et qu'un roi apprend à cacher son cœur. Ce que Brunnya a connu était authentique, mais cela ne signifie pas qu'elle en avait correctement interprété la nature.
Par exemple, elle ignore que ses précieuses connaissances sur les créations des pays fournissent des éléments précieux sur leurs fondateurs à Zephiel. Avec ces renseignements, il compte localiser et détruire les armes légendaires, reliques capables de vaincre les dragons, qu'ils détenaient et qu'ils ont soigneusement caché. C'est un lien que le joueur peut faire quand il se souvent des petites scènes avec les forces de Biran qui sont étrangement bien informées sur des armes sans avoir pour autant torturé interrogé des habitants locaux. Gardez en tête que Zephiel s'est bien gardé de dire à Brunnya à quoi lui ont servi ces informations. D'ailleurs, dans un soutien à venir, vous verrez le lien qui existe entre Brunnya et Niime, celle qui l'a si bien renseignée et qui l'a même pris un temps sous son aile pour son apprentissage de la magie. Mais ça, c'est une autre histoire...
Pour en revenir au soutien C, lorsque Brunnya remarque que Murdock ne parle jamais de Zephiel avec regret, celui-ci lui rappelle qu'un chevalier n'est pas là pour juger son roi : il est là pour accomplir son devoir. Pourtant, il ajoute que sa dernière loyauté sera désormais envers la vérité. Cette phrase annonce la véritable fonction de Murdock dans le soutien : il ne va pas défendre une version idéalisée de Zephiel, mais transmettre ce qu'il sait.
Si vous vous demandez comme moi depuis quand Brunnya et Zephiel se connaissent, j'ai trouvé ceci dans l'artbook officiel de FE6, avec une traduction disponible non officielle en ligne.
CC'est très intéressant, car cette fiche indique que Brunnya est dans la vingtaine et qu'elle sert le prince Zephiel depuis son enfance. Elle mentionne également les sentiments qu'elle éprouve pour lui, tout en indiquant qu'elle les garde pour elle !
Une vérité qui risque de détruire un souvenir
Dans le soutien B, Brunnya exige les réponses qui lui ont été promises. Murdock continue pourtant de retarder la révélation. Certaines vérités, explique-t-il, ne s'entendent pas simplement : elles doivent être acceptées.
Brunnya estime pourtant être prête. Après la mort de son roi, elle pense avoir déjà subi la pire douleur possible. Murdock lui répond qu'elle pourrait encore perdre quelque chose de précieux : l'image qu'elle garde de Zephiel.
Cette distinction résume parfaitement le conflit du soutien. Murdock ne prétend pas que Brunnya s'est trompée sur chaque détail de son passé. Il lui fait comprendre qu'elle a pu connaître une partie authentique de Zephiel tout en donnant un sens erroné à cette proximité.
Murdock va même jusqu'à reconnaître que lui-même ne connaissait pas complètement son souverain. Avoir vu Zephiel grandir ne signifie pas avoir accès à toutes ses pensées. Mais Murdock possède un avantage que Brunnya n'a jamais eu : il a vu l'évolution complète de son prince, devenu son roi, y compris ce qu'il est devenu après avoir perdu toute confiance dans l'humanité.
La révélation du soutien A peut alors véritablement commencer.
Pourquoi Zephiel avait choisi Brunnya
La question qui obsède Brunnya est finalement assez simple : pourquoi Zephiel l'avait-il choisie ? Elle était une femme, ne chevauchait pas de wyvern et ne correspondait donc pas aux traditions habituelles associées aux Généraux Wyverns de Biran. Elle refuse donc de croire que sa nomination ait été aussi froide et rationnelle que Murdock le prétend.
Pourtant, c'est exactement la réponse qu'il lui donne : elle était la meilleure candidate.
J'en avais déjà parlé lors du soutien entre Murdock et Karel, l'un des premiers inédits que j'avais rédigés. Les deux précédents Généraux Wyverns avaient été tués, tandis que leur meurtrier - vous aurez compris de qui il s'agissait - avait pourtant épargné l'Ermite des cimes. Zephiel en avait déduit que la magie pouvait constituer une réponse efficace à cette menace. Or, Brunnya avait autrefois étudié auprès de cette sommité et était devenue l'un des plus grands érudits de Biran. Son profil répondait donc parfaitement aux besoins du roi.
Cette expertise est d'ailleurs devenue plus concrète dans FE6 DX. Dans le jeu original, Brunnya est un Camus. Comprenez donc qu'elle n'est pas jouable dans la campagne mais qu'elle aurait pu éventuellement le faire, avec d'autres circonstances. C'est ce sur quoi j'ai travaillé : lui donner un motif crédible et cohérent pour rejoindre l'armée de Roy. Il a aussi fallu faire un autre ajustement car, dans le jeu original, ses statistiques de maîtrise des armes sont pensées pour le rôle de boss qu'elle occupe à ce stade de l'aventure.
Elle ne possède qu'un rang A en magie anima et en bâtons, information uniquement disponible sur les cartes bonus et sur les wikis. Cette contrainte l'empêche notamment d'utiliser les armes nécessitant une maîtrise de rang S alors que la fin du jeu est pourtant extrêmement proche. Puisque FE6 DX permet désormais de la recruter, il devenait logique de revoir également cet aspect de son personnage.
Brunnya atteint ainsi le rang S dans ces deux domaines au moment où elle rejoint l'armée de Roy. Ce changement possède à la fois une justification narrative que je viens d'évoquer et un intérêt pour le gameplay : son parcours d'érudit et son zèle justifient qu'elle ait perfectionné sa maîtrise de la magie et des bâtons, tandis que cette progression lui permet enfin d'exploiter pleinement son potentiel sur les dernières cartes, notamment avec Forblaze.
On peut faire un petit parallèle avec Athos qui devenait subitement jouable à la toute fin de FE7.
Toutefois, je n'ai pas poussé le bouchon aussi loin avec elle. Athos, en tant qu'archimage avec un savoir millénaire, a de solides raisons historiques d'être un expert avec toutes les magies et même le bâton. Brunnya en a désormais une pour justifier des rangs supérieurs avec la magie anima et les bâtons. Le fait qu'elle soit une femme avait néanmoins une importance politique. Etruria venait de nommer Cecilia général magicien et Zephiel voulait montrer que Biran pouvait lui aussi récompenser le mérite plutôt que la tradition. La nomination de Brunnya envoyait donc un message clair : son royaume pouvait reconnaître les compétences indépendamment des usages militaires établis.
Murdock ne minimise d'ailleurs pas cette réussite. Il lui dit clairement qu'elle a été choisie parce que personne ne faisait mieux qu'elle. Elle n'a donc pas été favorisée par Zephiel ; elle a été sélectionnée parce que ses compétences étaient exceptionnelles.
Pour Brunnya, cette précision est douloureuse. Elle avait peut-être interprété cette reconnaissance comme la preuve d'une confiance et d'un intérêt personnel exceptionnels. Murdock lui apprend qu'elle était effectivement digne de cette confiance, mais que celle-ci reposait d'abord sur ses propres capacités et son zêle.
Quand la confiance n'était pas de l'amour
La révélation la plus cruelle concerne leurs longues conversations. Brunnya évoque ces heures passées à parler de magie et se demande si elles ne signifiaient pas davantage qu'une simple relation entre un souverain et une érudite.
Murdock lui répond que Zephiel connaissait un domaine qui le fascinait et qu'il l'interrogeait comme il aurait interrogé n'importe quel autre grand érudit. Il ne nie donc ni l'intérêt du roi ni la valeur de leurs échanges. Il en retire simplement toute dimension romantique.
Brunnya comprend alors ce qui lui fait réellement mal : elle avait cru voir autre chose.
Murdock lui explique que Zephiel l'estimait comme officier, mais pas comme une personne placée à ses côtés sur le plan affectif. La distinction est fondamentale. Brunnya n'avait pas inventé la confiance que lui accordait son roi ; elle avait simplement transformé cette confiance en quelque chose qu'elle désirait voir exister.
Elle finit par comprendre elle-même la nature de son deuil : ce n'est pas seulement Zephiel qu'elle pleure, mais l'image qu'elle s'était construite de lui.
Un Zephiel incapable de partager cet amour
Cette interprétation prend encore davantage de sens lorsque l'on considère l'évolution de Zephiel dans le lore étendu de FE6 DX. Murdock ne parle pas d'un homme qui serait resté fondamentalement identique à l'enfant qu'il avait connu. Il a été témoin de son changement et a même participé à certains des événements les plus sombres de son existence, notamment à la mort de son père.
Il sait donc que la transformation de Zephiel ne s'est pas limitée à une prise de pouvoir. Le futur roi a progressivement perdu foi en l'humanité jusqu'à devenir misanthrope. Sa guerre n'est finalement pas motivée par une simple ambition territoriale : son objectif est de « libérer » le monde des humains afin de le restituer aux dragons.
Cette dimension permet surtout de comprendre pourquoi leur relation n'est pas réciproque. Rien dans l'évolution de Zephiel ne permet d'établir qu'il aurait éprouvé pour Brunnya les mêmes sentiments qu'elle pour lui. Au contraire, le personnage que Murdock a vu évoluer s'est progressivement éloigné des autres humains et a fini par rejeter l'humanité elle-même. Son projet repose précisément sur cette rupture radicale avec l'espèce humaine et sur la conviction que les dragons méritent de reprendre leur place dans le monde.
Zephiel peut donc apprécier Brunnya, respecter son intelligence, écouter ses connaissances et reconnaître son talent sans que ces sentiments prennent pour autant une dimension amoureuse. Son respect est réel. Sa confiance est réelle. Mais rien ne permet de dire qu'il partageait l'amour que Brunnya avait pour lui.
C'est ce qui permet de conserver l'idée d'une relation autrefois très personnelle du point de vue de Brunnya sans transformer Zephiel en personnage secrètement amoureux qui aurait ensuite abandonné cet amour au profit de son projet. Le problème n'est pas qu'il aurait aimé Brunnya puis cessé de l'aimer. Le problème est que Brunnya a donné une signification sentimentale à une proximité que Zephiel ne vivait pas de cette manière.
Idunn et l'unique indice de jalousie du jeu original
Cette lecture permet également de donner davantage de poids à un passage particulièrement subtil du jeu original. Il se trouve dans la scène d'ouverture du chapitre 3, quand Hector est capturé et conduit devant Zephiel. Après l'affrontement entre les deux hommes, Brunnya annonce qu'elle va prendre congé et retourner dans les plaines de Sacae. Juste avant de partir, elle décide toutefois de donner un dernier conseil à son souverain.
Comme vous le voyez ci-dessus, elle lui demande de ne pas placer autant de « confiance » en cette... femme. Le choix de ce mot mérite d'être relevé. Brunnya aurait pu simplement parler d'Idunn, de la prêtresse sombre ou de cette shamane.
Elle choisit pourtant de la désigner comme une « femme ». Et ce, avant même de préciser que les hommes la surnomment la « prêtresse sombre ».
Pris isolément, cela ne suffit évidemment pas à prouver une jalousie romantique. La scène reste parfaitement compatible avec une inquiétude militaire et politique : Brunnya se méfie d'une mystérieuse personne dont elle ignore les véritables intentions.
Mais dans le contexte de ce soutien, le passage peut être interprété différemment. Brunnya vient de passer des années à entretenir avec Zephiel des conversations qui avaient pour elle une valeur particulière. Elle sait qu'il écoute ses conseils et qu'il lui accorde une confiance importante. Lorsqu'une autre femme apparaît auprès de lui et semble bénéficier d'une confiance dont Brunnya elle-même ne comprend pas la raison, son malaise prend une coloration nouvelle.
Ce qui est intéressant, c'est que Brunnya ne formule jamais explicitement cette jalousie. Elle se cache derrière un argument raisonnable : Idunn est inquiétante, les soldats se méfient d'elle et son identité est mystérieuse. Son objection peut donc légitimement passer pour celle d'une générale soucieuse de la sécurité de son roi.
Pourtant, la formulation laisse une petite ambiguïté. Elle ne dit pas seulement qu'Idunn est dangereuse. Elle s'oppose à la confiance que Zephiel lui accorde.
La réaction de Zephiel est également très révélatrice. Il ne cherche pas à rassurer Brunnya sur un éventuel lien personnel avec Idunn.
Il lui demande sèchement si elle remet en question son jugement, puis lui rappelle que son devoir n'est pas de penser mais de suivre ses ordres. Brunnya se soumet immédiatement.
Dans le jeu original, cette scène peut donc rester une simple manifestation de loyauté militaire. Dans FE6 DX, elle devient le principal point d'appui permettant d'interpréter rétrospectivement une scène comme une manifestation possible de jalousie. Ce n'est jamais confirmé, et c'est justement ce qui permet de préserver la subtilité du passage.
La tragédie vient ensuite du fait que Brunnya découvre que le problème n'était pas réellement Idunn. Elle s'était demandé pourquoi Zephiel accordait sa confiance à une autre femme, alors qu'elle croyait que la confiance particulière qu'il lui accordait avait une dimension sentimentale. Murdock lui révèle que cette interprétation était déjà erronée depuis le départ.
Le meilleur des deux versions
Cette approche est aussi le résultat d'un travail sur les différentes versions du matériau de Fire Emblem 6. Lorsqu'une relation reste mystérieuse dans le jeu final, il est particulièrement intéressant d'aller regarder ce que les documents et éléments attribués à la bêta permettent d'entrevoir.
C'est exactement ce qui m'a conduit à m'intéresser aux informations de prototype concernant Brunnya et Zephiel.
Plutôt que de choisir entre les deux interprétations, FE6 DX conserve le meilleur des deux mondes. La piste d'une relation amoureuse attribuée à la version prototype devient l'origine des sentiments de Brunnya, tandis que la discrétion du jeu final est préservée du côté de Zephiel.
Brunnya peut donc réellement avoir aimé son roi. Elle peut avoir considéré leurs conversations comme des moments privilégiés et avoir donné une signification particulière à la confiance qu'il lui accordait. Rien de tout cela n'est nécessairement faux de son point de vue.
Ce qui change, c'est ce que ressentait Zephiel. Pour lui, Brunnya était un excellent officier, un érudit dont les connaissances l'intéressaient et une personne digne de confiance. Il n'avait pas besoin de l'aimer pour lui accorder cette place.
Cette différence de perception permet finalement de conserver la dimension romantique suggérée par les éléments de la bêta tout en expliquant pourquoi le jeu final ne montre jamais une véritable relation amoureuse entre eux.
Murdock, témoin de la transformation de Zephiel
Murdock est probablement le seul personnage capable de remettre cette relation en perspective avec autant de précision. Il n'a pas simplement servi Zephiel pendant son règne : il l'a connu enfant et a assisté à sa transformation.
Il sait ce que Brunnya ignore encore lorsqu'elle commence son questionnement. Il sait que les souvenirs qu'elle possède sont authentiques, mais qu'ils appartiennent à une période différente de la vie de Zephiel. Il sait également que le roi n'est pas devenu ce qu'il est du jour au lendemain.
C'est pour cette raison que Murdock refuse de présenter Zephiel comme un simple monstre ayant toujours été mauvais. Il reconnaît la curiosité de l'enfant, l'intelligence du jeune homme et les qualités du souverain. Mais il sait aussi comment cette personne a évolué et jusqu'où sa haine de l'humanité l'a conduit.
Sa propre position est d'ailleurs loin d'être confortable. Il a participé à l'histoire de Zephiel et porte lui-même une part de responsabilité dans certains événements qui ont façonné le roi. Lorsqu'il parle à Brunnya, il ne se place donc pas au-dessus d'elle pour juger son attachement. Il lui transmet simplement ce qu'il sait.
Son rôle dans le soutien est finalement celui d'un gardien de mémoire. Brunnya possède le souvenir intime d'un Zephiel qui l'écoutait. Murdock possède le souvenir beaucoup plus vaste d'un Zephiel qui a grandi, souffert, changé et fini par rejeter l'humanité elle-même.
Une vérité cruelle, mais nécessaire
La force du soutien vient finalement du fait que Murdock ne cherche jamais à consoler Brunnya avec un mensonge. Lorsqu'elle lui demande enfin toute la vérité, il ne transforme pas Zephiel en homme froid qui n'aurait jamais apprécié sa présence. Il lui explique quelque chose de beaucoup plus difficile à accepter : les sentiments qu'elle attribuait à leur relation n'existaient que d'un seul côté.
Brunnya n'était donc pas insignifiante pour Zephiel. Elle était même suffisamment compétente pour être choisie parmi les meilleurs officiers de Biran. Ses conversations avec lui avaient une réelle valeur. Mais aucune de ces choses ne constituait une preuve d'amour.
C'est précisément ce qui rend la révélation plus douloureuse. Si tout avait été un mensonge, Brunnya aurait pu simplement rejeter son passé. Ici, elle doit conserver ses souvenirs tout en acceptant qu'elle leur avait donné un sens qui n'était pas partagé.
La dernière phrase de Brunnya résume cette prise de conscience : elle ne pleurait pas seulement Zephiel, mais l'image qu'elle s'était construite de lui. Cette distinction donne au soutien une dimension plus intime que la simple révélation d'un secret sur le roi.
Conclusion
Le soutien Brunnya/Murdock fonctionne ainsi comme une confrontation entre deux visions de Zephiel. Brunnya se souvient de l'enfant devenu roi, de sa curiosité, de ses questions et de ces longues conversations qui lui avaient donné le sentiment d'occuper une place particulière dans son existence. Murdock se souvient de tout cela lui aussi, mais il a également vu la transformation de Zephiel et sait jusqu'où sa perte de foi en l'humanité l'a conduit.
La consultation des éléments de la bêta permet ici de conserver une dimension romantique qui enrichit les sentiments de Brunnya, sans imposer à Zephiel une relation réciproque qui entrerait en contradiction avec son évolution. C'est finalement une façon de réunir le meilleur des deux versions : la romance existe dans les sentiments de Brunnya, tandis que l'ambiguïté du jeu final est préservée du côté de Zephiel.
Le passage consacré à Idunn gagne lui aussi en intérêt. Le mot « femme », la méfiance de Brunnya et son opposition à la confiance que Zephiel accorde à cette mystérieuse nouvelle venue constituent surtout le principal indice du jeu original permettant d'imaginer une jalousie de sa part. Rien ne permet d'en faire une certitude, mais le soutien donne à cette scène une résonance nouvelle sans dénaturer son ambiguïté.
Quant à Murdock, il devient le personnage idéal pour révéler cette vérité. Il sait que Zephiel n'était pas amoureux de Brunnya. Il sait aussi que les sentiments de celle-ci étaient sincères et qu'il serait cruel de les ridiculiser. Il choisit donc de lui laisser le temps de comprendre que la personne qu'elle aimait et l'homme qu'elle croyait avoir connu ne correspondent pas exactement.
Au moment où Biran s'effondre, Brunnya doit ainsi affronter une dernière perte. Elle a perdu son roi, son royaume et l'image qu'elle s'était construite de lui. Mais Murdock lui permet aussi de comprendre quelque chose de plus difficile : ses sentiments n'étaient pas faux simplement parce qu'ils n'étaient pas réciproques. Elle a réellement aimé Zephiel. Elle s'était simplement trompée sur ce que Zephiel ressentait pour elle.
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