Réflexions sur les points de départ et la progression des soutiens dans Fire Emblem 6

Comment déterminer les points de départ et d'évolution des soutiens ?

En travaillant sur l'ajout de soutiens dans Fire Emblem 6 DX, une question s'est rapidement posée : quelles valeurs faut-il leur attribuer ?

Dans Fire Emblem : The Binding Blade, chaque paire de personnages possède deux valeurs cachées qui déterminent la progression de son soutien : un point de départ et une évolution par tour. Ces valeurs sont différentes selon les personnages concernés.

Il serait tentant de chercher une formule simple permettant de calculer ces valeurs à partir de la relation entre deux personnages. Pourtant, l'observation des soutiens originaux montre rapidement que ce n'est pas aussi simple !

Pourquoi Hugh et Niime, qui se connaissent depuis la naissance de Hugh, commencent-ils avec 40 points ?

Pourquoi Juno n'en a-t-elle que 30 avec ses propres sœurs ?

Pourquoi Karel commence-t-il à seulement 1 point avec Noah alors qu'il lui littéralement a sauvé la vie quand il était enfant ?

La réponse n'est finalement pas de chercher une échelle représentant objectivement l'amitié voire l'amour entre deux personnages. Les deux valeurs répondent à des questions différentes.

Le point de départ ne mesure pas simplement la proximité

La première erreur serait de considérer le point de départ comme une sorte de jauge d'affection. On pourrait imaginer que 1 signifie « inconnus », 10 « connaissances », 20 « amis », 30 « proches », 40 « très proches », et ainsi de suite.

Les soutiens originaux montrent pourtant que cette lecture ne fonctionne pas toujours.

Marcus a servi la noblesse de Pherae pendant des années et connaît Roy depuis son enfance. Pourtant, leur soutien commence à 30.

À l'inverse, certaines paires dont la relation passée est beaucoup moins importante commencent à 40.

Le cas de Karel est encore plus révélateur. Il commence à seulement 1 point avec Noah, Rutger ou Zeiss, alors que son histoire avec Noah est loin d'être inexistante.

Si le nombre représentait directement l'importance de leur passé commun, ces valeurs seraient difficiles à justifier.

Il faut donc considérer le point de départ comme une représentation plus générale de l'état de la relation lorsque le soutien commence à être développé, et non comme une mesure absolue de leur affection.

Cela permet également d'expliquer pourquoi des valeurs comme 5, 15, 25 ou 35 ou même 56 pour Roy/Lilina (alors que leur rang B est à 60 points soit avec un gain de 4 points et un seul tour nécessaire pour y parvenir !) peuvent être pertinentes.

Elles permettent d'exprimer des nuances entre plusieurs situations sans transformer le système en une échelle rigide.

Une relation ancienne ne signifie pas forcément une évolution rapide

Le deuxième nombre doit être considéré indépendamment du premier.

Le point de départ indique dans quel état se trouve déjà la relation. L'évolution par tour représente plutôt la vitesse à laquelle les interactions entre les deux personnages permettent de faire évoluer cette relation.

C'est cette distinction qui permet de comprendre des associations comme Hugh et Niime. Leur passé commun justifie un départ élevé, mais cela ne signifie pas nécessairement que chaque conversation doit faire progresser leur relation extrêmement rapidement.

Surtout quand on lit l'évolution dans leurs soutiens, c'est un euphémisme de dire qu'ils sont loin de bien s'entendre.

À l'inverse, deux personnages peuvent presque ne pas se connaître et pourtant avoir beaucoup de raisons de vouloir échanger. Dans ce cas, un faible point de départ associé à une évolution rapide peut être parfaitement cohérent.

Il ne faut donc pas chercher une relation automatique entre les deux nombres. Un soutien à 40/+1 et un soutien à 30/+3 peuvent tous deux représenter des relations très importantes, mais de manière différente.

Le meilleur exemple : Murdock et Guinivere

Le soutien qui sera ajouté entre Murdock et Guinivere illustre particulièrement bien cette distinction.

Murdock est l'un des personnages les plus fidèles au roi Zephiel. Le voir abandonner le camp de Biran constitue donc un changement majeur et inattendu dans son comportement vu qu'il est l' archétype d'un Camus. Pour que cette décision ne semble pas arbitraire et rentre dans la logique de mon lore étendu, son soutien avec Guinivere doit permettre au joueur de comprendre progressivement ce qui peut pousser Murdock à agir contre ce qu'il considère normalement comme son devoir. C'est un complément de la conversation où Guinivere a réussi à recruter Murdock dans FE6 DX.

C'est pourquoi une valeur de départ élevée peut représenter le poids de leur relation, tandis qu'une évolution de +4 traduit l'importance exceptionnelle de leurs échanges.

Le +4 ne signifie donc pas simplement « Murdock aime beaucoup Guinivere ». Il signifie que chaque conversation entre eux fait fortement progresser leur relation et permet de révéler une partie essentielle de leur histoire.

Dans ce cas précis, la vitesse d'évolution participe directement à la narration : le soutien doit permettre au joueur de comprendre pourquoi Murdock accomplit finalement quelque chose qui semblait auparavant impensable.

Gall et Melady : une relation déjà construite

Le cas de Gall et Melady montre une autre possibilité.

Contrairement à deux personnages qui viennent de se rencontrer, Gall et Melady sont déjà amants. Leur relation n'a donc pas besoin d'être construite à partir de rien lorsque Gall rejoint l'armée.

Un point de départ élevé est donc naturel. En revanche, une évolution de +2 peut suffire : leur relation est déjà solidement établie et les conversations servent davantage à raconter comment ils vont essayer de rebâtir leur relation après la défection de Melady et les actes commis par Gall.

Le fait que Gall soit disponible sur la même carte que Karel est également important pour la construction du récit. Son arrivée tardive permet de rapprocher directement son histoire de celle de Karel et de développer des événements qui n'auraient pas eu le même impact si ces personnages avaient été recrutés beaucoup plus tôt.

Brunnya et Eliwood : partir de presque zéro, mais progresser très vite

Le soutien entre Brunnya et Eliwood constitue presque l'exemple inverse de Gall et Melady.

Brunnya ne connaît pas Eliwood au début de leur relation. Il est donc logique que leur point de départ soit extrêmement faible : 1 point.

Pourtant, cela ne signifie pas forcément que leur relation doit forcément évoluer lentement.

Brunnya a une raison très forte de vouloir connaître Eliwood. Elle cherche à comprendre qui était réellement Zephiel avant qu'il ne devienne l'homme misanthrope que le joueur rencontre dans Fire Emblem 6. Eliwood, qui a connu cette période et qui peut lui apporter un regard extérieur sur Zephiel, devient donc une source précieuse d'informations pour elle.

De son côté, Eliwood a également une raison importante de poursuivre ces échanges. Brunnya est une personne capable de réfléchir, d'évoluer et de contribuer à la reconstruction de Biran après la guerre. Sauver et préserver des personnes capables de participer à cette reconstruction représente également un intérêt pour Pherae et pour l'avenir d'Elibe.

Chaque conversation possède donc une valeur importante pour les deux personnages. Ils commencent presque comme des inconnus, mais ils ont immédiatement une excellente raison de se parler.

C'est ce qui justifie une combinaison comme 1/+4 : un lien initial presque inexistant, mais une évolution exceptionnellement rapide.

Le fait que ce soutien se déroule sur l'une des dernières cartes du jeu renforce encore ma décision. Il reste peu de temps pour raconter leur histoire, tout en laissant juste assez de cartes pour permettre au joueur d'atteindre le rang A, tout en faisant en sorte que ce soit moins pénible, par exemple qu'un Karel/Rutger (1/+1) qui débute pourtant sur la même carte dans le jeu original.

Le moment où les personnages arrivent compte aussi

Je parlais de Brunnya et de Karel. Vous aurez donc compris que le chapitre d'arrivée ne permet pas de calculer automatiquement les valeurs d'un soutien, mais il constitue une contrainte importante lors de leur attribution.

Un soutien entre deux personnages disponibles pendant une grande partie du jeu dispose naturellement de beaucoup plus de temps pour évoluer qu'un soutien entre deux personnages recrutés dans les dernières cartes.

Il ne faut cependant pas appliquer une règle simpliste du type « personnage tardif = valeur élevée ». Les données originales montrent que ce n'est pas systématique.

Le moment d'arrivée intervient plutôt comme un correctif de conception. Si une relation importante doit être racontée très tard dans le jeu, il peut être nécessaire de lui donner une évolution suffisamment rapide pour que le joueur puisse réellement découvrir ses différentes conversations.

C'est notamment ce qui permet de comprendre pourquoi des combinaisons très différentes peuvent exister : un soutien peut commencer haut et évoluer lentement, commencer bas et évoluer rapidement, ou combiner un départ élevé avec une progression rapide lorsqu'il s'agit d'une relation particulièrement importante.

De même, volontairement faire commencer des soutiens avec 1 point de départ sur la dernière carte possible pour atteindre le rang A et ne donner qu'un seul point de progression par tour peut être interprété comme un soutien dont le texte n'est pas essentiel pour le lore.

Une grille utile pour créer de nouveaux soutiens

Pour Fire Emblem 6 DX, plutôt que d'essayer de reproduire une formule mathématique qui n'existe probablement pas, il est plus pertinent de traiter chaque soutien selon plusieurs critères.

Pour le point de départ :

  • 1 : les personnages ne se connaissent pratiquement pas ou n'ont aucun lien préalable important.
  • 5 à 10 : ils se connaissent peu, viennent de se rencontrer ou possèdent seulement un contexte commun limité.
  • 15 à 25 : une relation existe déjà, mais elle reste relativement modeste.
  • 30 : relation importante, familiale ou historique.
  • 40 : relation ancienne et particulièrement forte.
  • 50 ou plus : relation exceptionnelle, dont l'importance préalable justifie un départ particulièrement élevé.

Ces valeurs ne constituent évidemment pas une règle absolue. Elles servent plutôt de repères afin d'éviter de donner arbitrairement le même nombre à toutes les relations d'une même catégorie.

Pour l'évolution :

  • +1 : la relation évolue lentement, les personnages ont peu de raisons de se rapprocher rapidement ou le contenu du soutien n'est pas prioritaire par rapport à d'autres.
  • +2 : évolution naturelle et régulière.
  • +3 : relation qui se développe rapidement ou échanges particulièrement importants.
  • +4 : chaque conversation provoque une évolution majeure de la relation ou joue un rôle essentiel dans l'histoire.
  • +5 : cas exceptionnel à réserver aux relations dont la progression doit être presque immédiate. Ca ne concerne qu'un seul cas à ce jour, dans la vidéo juste en dessous.

L'important est de ne pas considérer ces deux listes comme une formule. Le départ et l'évolution répondent à deux questions différentes.

Quelques combinaisons particulièrement intéressantes

Cette méthode permet de distinguer plusieurs situations qui pourraient sembler similaires au premier abord.

  • 40/+2 : la relation est déjà très forte, mais elle continue d'évoluer naturellement. C'est une combinaison adaptée à une relation ancienne comme celle de Gall et Melady, en particulier quand ils se retrouvent au chapitre 23, à quelques cartes de la fin du jeu.
  • 50/+4 : la relation possède déjà un poids considérable et les conversations provoquent des changements majeurs. Murdock et Guinivere en sont un bon exemple.
  • 30/+3 : les personnages possèdent déjà une relation importante et celle-ci se développe rapidement.
  • 10/+2 : ils se connaissent peu, mais leurs échanges permettent naturellement de créer un lien.
  • 1/+1 : pratiquement aucun lien préalable et peu de raisons pour que la relation progresse rapidement.
  • 1/+4 : ils ne se connaissent presque pas, mais les circonstances donnent immédiatement une grande importance à leurs conversations. Brunnya et Eliwood illustrent parfaitement cette situation.
  • 1/+5 : ils ne se connaissent presque pas, mais chacun se réjouit de passer du temps avec l'autre. Regardez Saul/Larum pour voir que ce soutien a été très satisfaisant à écrire et qu'il répond à ces critères d'une manière inattendue !

Ces différentes combinaisons sont particulièrement utiles pour éviter une erreur fréquente : un faible point de départ ne signifie pas nécessairement que le soutien est peu important.

Il peut au contraire raconter la naissance d'une relation extrêmement importante.

Pourquoi il n'existe pas de formule parfaite

Les soutiens originaux de Fire Emblem 6 contiennent suffisamment de contre-exemples pour montrer qu'il serait artificiel de chercher une équation capable de transformer automatiquement une relation narrative en nombre de points.

Le jeu ne semble pas chercher à mesurer objectivement l'amitié, l'amour, la parenté ou la durée d'une connaissance. Les valeurs servent également à réguler la manière dont le joueur découvrira les conversations au cours d'une partie.

C'est pourquoi deux personnages qui se connaissent depuis longtemps peuvent avoir un départ relativement modeste, tandis qu'une relation tardive peut recevoir un départ élevé. De la même manière, deux personnages peuvent commencer à 1 point tout en bénéficiant d'une évolution très rapide parce que leurs conversations sont particulièrement importantes.

Il faut donc éviter de demander : « combien cette relation vaut-elle ? »

La question la plus utile est plutôt : « dans quel état cette relation commence-t-elle, comment doit-elle évoluer, et combien de temps le joueur aura-t-il pour la découvrir ? »

La méthode de Fire Emblem 6 DX

Pour les soutiens ajoutés dans Fire Emblem 6 DX, j'essaie donc de prendre en compte plusieurs éléments avant de choisir les valeurs.

  • Le passé des personnages : se connaissent-ils déjà ? Depuis combien de temps ? Leur relation est-elle familiale, amicale, militaire, amoureuse ou simplement professionnelle ?
  • L'état de leur relation au début du soutien : sont-ils déjà proches ou commencent-ils réellement à se découvrir ?
  • La raison pour laquelle ils souhaitent discuter : ont-ils une motivation particulière à apprendre quelque chose l'un de l'autre ?
  • L'évolution racontée par les conversations : chaque conversation apporte-t-elle une information importante ou la relation se construit-elle progressivement ?
  • Le rôle du soutien dans l'histoire : sert-il principalement à développer les personnages ou doit-il également expliquer un événement majeur de la campagne ?
  • Le nombre de cartes restantes : une relation introduite très tard doit parfois progresser plus rapidement afin que le joueur puisse réellement en découvrir le contenu.

Aucun de ces critères ne donne à lui seul une valeur précise. Ils permettent plutôt de déterminer une combinaison qui reste cohérente avec les données de Fire Emblem 6.

Aucune valeur n'est figée dans le marbre. Je peux très bien avoir à modifier des valeurs par la suite, le jour où je testerai ça sur les cartes ou celui où je majerai mon calculateur de soutiens.

Une logique de narration avant une logique mathématique

Au final, les points de départ et d'évolution des soutiens ne doivent pas être considérés comme une tentative de quantifier précisément les sentiments des personnages.

Ils sont plutôt un outil de narration qui doit également respecter les contraintes du système de jeu.

Un personnage peut commencer avec 1 point parce qu'il ne connaît pas son interlocuteur, puis atteindre rapidement une relation très forte parce que les circonstances les poussent à se découvrir. À l'inverse, deux personnages peuvent commencer avec 40 points parce qu'ils partagent un passé important, tout en évoluant lentement parce qu'ils n'ont pas nécessairement besoin de reconstruire cette relation.

C'est cette séparation entre l'état initial et la vitesse d'évolution qui permet de donner davantage de personnalité aux soutiens.

Dans Fire Emblem 6 DX, l'objectif n'est donc pas de trouver une formule qui reproduirait mécaniquement chaque valeur originale. Il s'agit plutôt de comprendre la logique qui se cache derrière ces valeurs afin de pouvoir créer de nouveaux soutiens qui donnent l'impression d'avoir toujours fait partie du jeu.

En définitive, la meilleure valeur n'est pas nécessairement celle qui représente le mieux la proximité entre deux personnages. C'est celle qui permet de raconter leur relation au bon moment, au bon rythme et avec la bonne importance narrative.

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